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Être sur son X ? entre confort et vulnérabilité

Dernièrement, je peignais plusieurs petites peintures de paysage basées sur des photos de voyage. J’aimais le rythme. C’était assez facile, assez rapide, et le résultat était satisfaisant, joli. Il y avait une forme de plaisir tranquille dans ce travail, quelque chose de fluide et sans résistance.


Et puis, en parallèle, je pensais à mon processus de création, qui est habituellement beaucoup plus empreint d’inconfort. Une question s’est alors imposée à moi :est-ce que ce confort vient du fait que je suis sur mon X…ou plutôt du fait que je me sens en sécurité ?


Est-ce que je suis alignée,

ou est-ce que je me protège ?


Quand je produis quelque chose qui vient vraiment du fond de moi, quelque chose qui me touche profondément, la relation au travail change.


Je m’attache davantage au résultat, même si je sais que le processus est ce qui compte le plus. Je me sens plus vulnérable, et j’ai plus de réticence à partager ces créations.


Les commentaires, même bienveillants, peuvent alors être reçus comme des flèches plutôt que comme des gouttes d’eau.


Ces projets-là sont aussi plus flous dès le départ. Il y a un cap, une direction intérieure, mais l’image n’est pas nette. Il y a plus d’études, plus d’essais et d’erreurs, plus de travail de composition.


Atelier d’artiste avec une peinture de paysage en cours, entourée de dessins, d’études et de références photographiques illustrant le processus de création.
Processus d'une peinture. Études, références et hésitations. À gauche, nous avons le dessin au graphite, au centre l'image de référence, à droite (derrière) la peinture à l'huile en processus. Exécutée selon la méthode Sight-Size.

Le processus devient exponentiellement plus inconfortable, et le résultat, beaucoup moins certain. C’est un chemin exigeant, lent, parfois déroutant.


À l’opposé, certains travaux sont plus contemplatifs. La direction est plus claire, il y a moins de décisions à prendre, moins de modifications à faire. Je m’attache moins au résultat, même si celui-ci est souvent plus certain d’être joli ou appréciable.


Il y a une douceur, une simplicité, une forme de repos dans ce type de création.


Alors je me demande :


Est-ce que le chemin serait justement là, dans cette alternance ?


Est-ce possible — ou même souhaitable — de créer des œuvres profondes, riches et percutantes à chaque fois ?

Ou avons-nous besoin de ces plus petits jalons, de ces moments plus simples, pour sentir l’avancement, pour laisser le temps à notre être de s’imbiber des expériences et des vécus accumulés en cours de route ?


Peut-être que nous n’avons pas toujours quelque chose d’important à dire. Peut-être que parfois, créer est simplement une question de beauté, de douceur, de contemplation. Et qu’à d’autres moments, le travail devient plus chargé, plus profond, plus remuant.


Un peu comme une rivière qui peut être calme ou agitée, qui peut couler doucement ou se transformer en rapides.


Un artiste peut-il toujours être à l’extérieur de sa zone de confort ?Peut-il être toujours vulnérable, toujours courageux, toujours prêt à exposer ce qui vient du plus profond de lui-même ?


Avec le temps, je réalise que peut-être je ne me pose pas toujours les bonnes questions. Plutôt que de me demander si je devrais aller davantage vers l’inconfort, il serait peut-être plus juste de me demander si je me sens assez solide, ici et maintenant, pour sortir de mes habitudes.


Si j’ai l’énergie nécessaire pour explorer un projet qui me déstabilisera, qui me demandera d’être moi sans filtre, de partager un vécu plus intime.


Et aussi, de me rappeler que je peux toujours revenir, temporairement, vers quelque chose de plus confortable.


Pour me ressourcer.

Pour reprendre de la force.


Pour mieux retourner ensuite vers l’inconfort.


Ce n’est pas un échec d’un côté comme de l’autre. Ce sont des décisions différentes, portées par des intentions différentes.


Être sur son X n’est donc pas une question de facilité. Ce n’est pas non plus une posture de difficulté constante. C’est plutôt une intention, une passion pour un chemin qui permet de s’épanouir et de grandir. Une manière d’avancer avec détermination, en respectant ses limites, tout en cherchant doucement à les dépasser.


Peut-être que la vraie question est simplement :où est-ce que je peux être honnête, aujourd’hui ?

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